15 novembre 2013

 Aux portes des hauts sommets, dernier réconfort citadin. 
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Lever six heures trente ; départ sept heures quinze. Marche tranquille, sur une route moyenne, montant doucement : rien à signaler.

Dans les champs, comme depuis dix jours, des petits oiseaux gris volettent à notre passage. Ce sont des cochevis huppés . Tapis dans les fétus ou les broussailles, leur plumage les dissimule parfaitement.

En milieu de matinée, nous finissons le territoire bâtard, mi-plaine mi-montagne, traversé un peu au radar, comme enfermés sur nous-mêmes. Il ne fut pas vide : nous y avons vu et vécu cent petites choses, comme il y a à voir et à vivre partout et toujours. Mais il est l’un de ces espaces intermédiaires, pour le marcheur, qui file vite, ne colle pas aux souvenirs, ni n’arrive à s’écrire. Qui est frustrant, aussi. Car aussitôt tu le quittes, aussitôt tu comprends avoir loupé quelque chose.

À sa toute fin, juste avant le douar Imlil, nous grimpons sur une bonne butte, pour y visiter – pur hasard – une vieille kasbah . D’ici, nous contemplons à loisir les parents du rejeton bâtard.

Devant, sur tout le quart nord-ouest, une immense plaine – pour moitié vert-culture, pour moitié jaune-désert – écrase l’œil de son absolue platitude, tout juste arrêtée, dans sa course vers l’infini, par quelques modestes reliefs. N’est-ce pas là Marrakech, à cent kilomètres à l’ouest, lourde de son million d’habitants ? À cette ville impériale, nous n’irons pas plus près.

Derrière, sur tout l’horizon sud, des chaînes de hautes montagnes se succèdent, sublimes et racoleuses, dont certaines, coquettes, ont paré leurs sommets de blanches neiges.

Notre promontoire est parfait pour appréhender le violent contraste des paysages, la transition et le mélange des territoires et des couleurs. Et bonus, nous pouvons caresser de jolies ruines d’histoire.

Encore cinq kilomètres, puis nous arrivons à Demnate , par ses bas quartiers, ses mécanos et ses vendeurs en gros, jusqu’à arriver à la gare routière, à la station des taxis, puis au centre-ville, en passant sous son imposante bab.

La ville est moyenne – vingt-cinq mille habitants – et mignonnette. Au pied des montagnes, elle serait parfaite pour se reposer, avant d’entamer la traversée des hauteurs. Voici huit jours que nous avons quitté Khouribga. Depuis, peu de repos. Nous avons le corps et l’esprit qui protestent, un peu, de trop marcher. Là, nous pourrions manger à satiété, faire la grasse mat’, voir bouillonner les gens d’ici et vivre la ville. Et, dans un cyber, prendre les nouvelles du monde et en donner.

Mais, aspirés par le massif, hypnotisés par ses sommets, un truc en nous réclame de partir au plus vite, gagner enfin ce Haut Atlas. Ça sera, pour Mathieu comme pour moi, une première expérience en solitaire dans la haute montagne, en hiver qui plus est, et dans un pays étranger.

Nos corps excités ne peuvent plus attendre. Alors, après un gras poulet-frites, deux heures au cyber et un ravitaillement pour deux jours, nous partons par le haut de la ville et traçons la route.

Le soleil se couche dans la montagne, la chaleur avec. Qu’il est agréable alors de vagabonder, au rythme des zigs et des zags, même si des camions bondés nous frôlent, avec leur trentaine de passagers, certains en équilibre sur le toit, d’autres accrochés d’une seule main à l’échelle arrière. Nous nous saluons mutuellement, réciproquement étonnés : eux, de nous voir marcher là ; nous, de leurs périlleuses positions.

Le soleil continue sa descente. Il devient urgent de trouver un lieu où dormir.

Nous arrivons finalement à Imi n’ifri , sept kilomètres après . C’est une superbe arche , creusée dans la roche par un petit oued, depuis des millions d’années. À l’intérieur, au plafond : d’énormes stalactites , des centaines de chauve-souris et d’oiseaux. C’est impressionnant et gigantesque.

Alors, nous descendons sous l’arche, sautant d’une pierre à l’autre, glissant un peu, longeant laborieusement l’oued, à la recherche du bon bivouac. Vite vite ! Le soleil déjà est couché.

Au crépuscule, enfin, nous trouvons la place parfaite : un champ herbeux, solitaire, voisin d’un canal d’irrigation, pratique pour nos ablutions et celles de nos chaussettes.

L’été, les week-ends, les vacances, ce lieu est absolument congestionné. Les Marocains y viennent en famille : pique-niquer, se détendre, se baigner, prendre le frais, etc.

Lever six heures trente ; départ sept heures quinze. Marche tranquille, sur une route moyenne, montant doucement : rien à signaler.

Dans les champs, comme depuis dix jours, des petits oiseaux gris volettent à notre passage. Ce sont des cochevis huppés. Tapis dans les fétus ou les broussailles, leur plumage les dissimule parfaitement.

En milieu de matinée, nous finissons le territoire bâtard, mi-plaine mi-montagne, traversé un peu au radar, comme enfermés sur nous-mêmes. Il ne fut pas vide : nous y avons vu et vécu cent petites choses, comme il y a à voir et à vivre partout et toujours. Mais il est l’un de ces espaces intermédiaires, pour le marcheur, qui file vite, ne colle pas aux souvenirs, ni n’arrive à s’écrire. Qui est frustrant, aussi. Car aussitôt tu le quittes, aussitôt tu comprends avoir loupé quelque chose.

À sa toute fin, juste avant le douar Imlil, nous grimpons sur une bonne butte, pour y visiter – pur hasard – une vieille kasbah. D’ici, nous contemplons à loisir les parents du rejeton bâtard.

Devant, sur tout le quart nord-ouest, une immense plaine – pour moitié vert-culture, pour moitié jaune-désert – écrase l’œil de son absolue platitude, tout juste arrêtée, dans sa course vers l’infini, par quelques modestes reliefs. N’est-ce pas là Marrakech, à cent kilomètres à l’ouest, lourde de son million d’habitants ? À cette ville impériale, nous n’irons pas plus près.

Derrière, sur tout l’horizon sud, des chaînes de hautes montagnes se succèdent, sublimes et racoleuses, dont certaines, coquettes, ont paré leurs sommets de blanches neiges.

Notre promontoire est parfait pour appréhender le violent contraste des paysages, la transition et le mélange des territoires et des couleurs. Et bonus, nous pouvons caresser de jolies ruines d’histoire.

Encore cinq kilomètres, puis nous arrivons à Demnate, par ses bas quartiers, ses mécanos et ses vendeurs en gros, jusqu’à arriver à la gare routière, à la station des taxis, puis au centre-ville, en passant sous son imposante bab.

La ville est moyenne – vingt-cinq mille habitants – et mignonnette. Au pied des montagnes, elle serait parfaite pour se reposer, avant d’entamer la traversée des hauteurs. Voici huit jours que nous avons quitté Khouribga. Depuis, peu de repos. Nous avons le corps et l’esprit qui protestent, un peu, de trop marcher. Là, nous pourrions manger à satiété, faire la grasse mat’, voir bouillonner les gens d’ici et vivre la ville. Et, dans un cyber, prendre les nouvelles du monde et en donner.

Mais, aspirés par le massif, hypnotisés par ses sommets, un truc en nous réclame de partir au plus vite, gagner enfin ce Haut Atlas. Ça sera, pour Mathieu comme pour moi, une première expérience en solitaire dans la haute montagne, en hiver qui plus est, et dans un pays étranger.

Nos corps excités ne peuvent plus attendre. Alors, après un gras poulet-frites, deux heures au cyber et un ravitaillement pour deux jours, nous partons par le haut de la ville et traçons la route.

Le soleil se couche dans la montagne, la chaleur avec. Qu’il est agréable alors de vagabonder, au rythme des zigs et des zags, même si des camions bondés nous frôlent, avec leur trentaine de passagers, certains en équilibre sur le toit, d’autres accrochés d’une seule main à l’échelle arrière. Nous nous saluons mutuellement, réciproquement étonnés : eux, de nous voir marcher là ; nous, de leurs périlleuses positions.

Le soleil continue sa descente. Il devient urgent de trouver un lieu où dormir.

Nous arrivons finalement à Imi n’ifri, sept kilomètres après Demnate. C’est une superbe arche, creusée dans la roche par un petit oued, depuis des millions d’années. À l’intérieur, au plafond : d’énormes stalactites, des centaines de chauve-souris et d’oiseaux. C’est impressionnant et gigantesque.

Alors, nous descendons sous l’arche, sautant d’une pierre à l’autre, glissant un peu, longeant laborieusement l’oued, à la recherche du bon bivouac. Vite vite ! Le soleil déjà est couché.

Au crépuscule, enfin, nous trouvons la place parfaite : un champ herbeux, solitaire, voisin d’un canal d’irrigation, pratique pour nos ablutions et celles de nos chaussettes.

L’été, les week-ends, les vacances, ce lieu est absolument congestionné. Les Marocains y viennent en famille : pique-niquer, se détendre, se baigner, prendre le frais, etc.


  1. En français, « la porte ».