10 novembre 2013

 La montagne, c’est comme un feu d’artifice : c’est facilement beau et c’est gratos !  
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Lever six heures ; départ à sept. Douze kilomètres d’une route rectiligne, cernée par la verdure, baignant dans la fraîcheur, puis arrivée à Oulad Ayad, aux portes du Haut Atlas . De part et d’autre du bitume : canaux d’irrigation hors-sols, roseaux, oliveraies, citronneraies et même quelques palmiers-dattiers.

En entrée de ville, un imposant carrefour est envahi d’échoppes précaires et de vendeurs ambulants. Ici, bien plus qu’au centre-ville, il y a de tout : fruits, légumes, cafés, mécanos, épiceries, gargotes, etc. Les camions s’arrêtent nombreux ; les affaires doivent être bonnes.

Avant de nous engouffrer dans la haute montagne atlasique, nous nous pausons à la terrasse de cette bourgade des plaines, un café fumant à la main, un sandwich huileux à l’autre, d’œufs et d’olives. Là, nous gorgeant de la chaleur des trois-cent mètres, nous dressons un bilan de ces vingt-cinq derniers jours dans les plaines...

Moins de rencontres que dans le Rif, mais toujours cette belle humanité marocaine. Des paysages moins grandioses, moins faciles, mais insoupçonnés, étonnants, parfois très beaux à leur manière. Des existences fortes, parfois tristes, souvent dures. Et un plaisir énorme – malgré tout – à avoir traversé ces territoires, à avoir emprunté leurs chemins de traverse, leurs routes qui ne se prennent pas. Seul hic : la maladie intestinale. Mention spéciale : aux gendarmes des campagnes.

Enfin, c’est le départ, le premier kilomètre d’une longue traversée des montagnes. Nous remisons au fond d’une poche, précautionneusement, nos statuts de terriens. Car nous voilà désormais, pour la quarantaine à venir, de mi-novembre à mi-décembre, des montagnards maghrébins.

En sortant d’Oulad Ayad , nous achetons un collier de beignets frits, pour le déjeuner en altitude. Quoi ? Un demi-dirham le beignet ? C’est rudement peu cher.

La route, aussitôt, de rectiligne à monotone, se transforme en lacets sinueux. Dès la première occasion, nous larguons ce foutu macadam, coupant par la pente abrupte, faisant rouler la rocaille, suant à grosses gouttes, surchauffant nos mollets. Quel pied ! Nous retrouvons là nos montagnes adorées, pas vues depuis le Rif. Enfin !

Dans les grands espaces plats, parfois, le regard n’accroche à rien. Alors, pour chasser l’oppression du vide, puis pour apprécier l’endroit, il faut longuement contempler, méditer, puis digérer.

En montagne, nul besoin de trop réfléchir, de prendre du recul, de scruter – tatillon – entre les lignes. Car ici, tout explose à la gueule, comme à la fête foraine, comme dans un film d’action. La beauté jaillit de partout, si facilement accessible, au moindre regard, à chaque kilomètre. Tiens ! Là du relief, ici de l’horizon, là des nuages, ici de la pierre, là du village, ici de... Et là encore : des couleurs, de la végétation, du dégradé de la terre, du pêle-mêle des maisons, des animaux qui pâturent, des sommets bien sûr et d’une infinité de détails. C’est, pour le vagabond philosophe, une terre d’abondance et de liberté. Il peut y lâcher sa bride, laisser vaquer longuement ses rêveries...

Après une bonne suée de circonstance, après avoir crapahutés sept-cent mètres de dénivelé positif, nous nous installons pour déjeuner et siester, en solitaires, en contre-haut de la route. D’ici, le panorama est magnifique ; c’est un régal !

Au loin, la plaine de Tadla étale ses verdures jusqu’à la limite de l’horizon, surmontée seulement par une fine bande jaunâtre, un « petit désert de novembre », qui flotte loin dans le brouillard. Des mamelons terreux s’exhibent de toute part, en jaunes, marrons et oranges, à peine dissimulés par la végétation, mi-oliviers mi-euphorbes. Ici et là, il y a une forêt ou un village Et, de chaque côté du bitume, trois centaines de ruches , petits carrés blancs parfaitement alignés, bourdonnent de leurs milliers d’abeilles besogneuses. Elles courent à travers la montagne, butiner l’euphorbe résinifère , produisant ainsi l’un des meilleurs miels du Maroc, si ce n’est du monde.

À quoi ça ressemble , l’euphorbe résinifère ? Mathieu peut le dire ; il s’est vautré dedans. C’est comme un gros coussin tout rond, vert pâle, fait de centaines de « petites bananes » piquantes, qui fleurissent en jaune au printemps et qui suintent, quand on les casse, un jus laiteux.

Le reste de l’après-midi, nous coupons à travers les cailloux, vaguement guidés au GPS. Nous avons le cœur léger, l’enjambée libre.

Ce soir, pour prolonger la béatitude de ce renouveau montagnard, nous dégottons une belle colline, pour y installer le bivouac. Là, au crépuscule , nous humons fort l’odeur de la nuit, tandis qu’à nos oreilles souffle le vent ivre et claque, enfuie de quelques douars, la complainte des tambours et des chants.

Doucement, le pourpre devient indigo, puis s’abandonne au plus profond des noirs . Seule la lune encore nous éclaire, et les lumières des douars alentour, et quelques milliers d’étoiles aussi. La nuit promet d’être douce...

Lever six heures ; départ à sept. Douze kilomètres d’une route rectiligne, cernée par la verdure, baignant dans la fraîcheur, puis arrivée à Oulad Ayad, aux portes du Haut Atlas. De part et d’autre du bitume : canaux d’irrigation hors-sols, roseaux, oliveraies, citronneraies et même quelques palmiers-dattiers.

En entrée de ville, un imposant carrefour est envahi d’échoppes précaires et de vendeurs ambulants. Ici, bien plus qu’au centre-ville, il y a de tout : fruits, légumes, cafés, mécanos, épiceries, gargotes, etc. Les camions s’arrêtent nombreux ; les affaires doivent être bonnes.

Avant de nous engouffrer dans la haute montagne atlasique, nous nous pausons à la terrasse de cette bourgade des plaines, un café fumant à la main, un sandwich huileux à l’autre, d’œufs et d’olives. Là, nous gorgeant de la chaleur des trois-cent mètres, nous dressons un bilan de ces vingt-cinq derniers jours dans les plaines...

Moins de rencontres que dans le Rif, mais toujours cette belle humanité marocaine. Des paysages moins grandioses, moins faciles, mais insoupçonnés, étonnants, parfois très beaux à leur manière. Des existences fortes, parfois tristes, souvent dures. Et un plaisir énorme – malgré tout – à avoir traversé ces territoires, à avoir emprunté leurs chemins de traverse, leurs routes qui ne se prennent pas. Seul hic : la maladie intestinale. Mention spéciale : aux gendarmes des campagnes.

Enfin, c’est le départ, le premier kilomètre d’une longue traversée des montagnes. Nous remisons au fond d’une poche, précautionneusement, nos statuts de terriens. Car nous voilà désormais, pour la quarantaine à venir, de mi-novembre à mi-décembre, des montagnards maghrébins.

En sortant d’Oulad Ayad, nous achetons un collier de beignets frits, pour le déjeuner en altitude. Quoi ? Un demi-dirham le beignet ? C’est rudement peu cher.

La route, aussitôt, de rectiligne à monotone, se transforme en lacets sinueux. Dès la première occasion, nous larguons ce foutu macadam, coupant par la pente abrupte, faisant rouler la rocaille, suant à grosses gouttes, surchauffant nos mollets. Quel pied ! Nous retrouvons là nos montagnes adorées, pas vues depuis le Rif. Enfin !

Dans les grands espaces plats, parfois, le regard n’accroche à rien. Alors, pour chasser l’oppression du vide, puis pour apprécier l’endroit, il faut longuement contempler, méditer, puis digérer.

En montagne, nul besoin de trop réfléchir, de prendre du recul, de scruter – tatillon – entre les lignes. Car ici, tout explose à la gueule, comme à la fête foraine, comme dans un film d’action. La beauté jaillit de partout, si facilement accessible, au moindre regard, à chaque kilomètre. Tiens ! Là du relief, ici de l’horizon, là des nuages, ici de la pierre, là du village, ici de... Et là encore : des couleurs, de la végétation, du dégradé de la terre, du pêle-mêle des maisons, des animaux qui pâturent, des sommets bien sûr et d’une infinité de détails. C’est, pour le vagabond philosophe, une terre d’abondance et de liberté. Il peut y lâcher sa bride, laisser vaquer longuement ses rêveries...

Après une bonne suée de circonstance, après avoir crapahutés sept-cent mètres de dénivelé positif, nous nous installons pour déjeuner et siester, en solitaires, en contre-haut de la route. D’ici, le panorama est magnifique ; c’est un régal !

Au loin, la plaine de Tadla étale ses verdures jusqu’à la limite de l’horizon, surmontée seulement par une fine bande jaunâtre, un « petit désert de novembre », qui flotte loin dans le brouillard. Des mamelons terreux s’exhibent de toute part, en jaunes, marrons et oranges, à peine dissimulés par la végétation, mi-oliviers mi-euphorbes. Ici et là, il y a une forêt ou un village Et, de chaque côté du bitume, trois centaines de ruches, petits carrés blancs parfaitement alignés, bourdonnent de leurs milliers d’abeilles besogneuses. Elles courent à travers la montagne, butiner l’euphorbe résinifère, produisant ainsi l’un des meilleurs miels du Maroc, si ce n’est du monde.

À quoi ça ressemble, l’euphorbe résinifère ? Mathieu peut le dire ; il s’est vautré dedans. C’est comme un gros coussin tout rond, vert pâle, fait de centaines de « petites bananes » piquantes, qui fleurissent en jaune au printemps et qui suintent, quand on les casse, un jus laiteux.

Le reste de l’après-midi, nous coupons à travers les cailloux, vaguement guidés au GPS. Nous avons le cœur léger, l’enjambée libre.

Ce soir, pour prolonger la béatitude de ce renouveau montagnard, nous dégottons une belle colline, pour y installer le bivouac. Là, au crépuscule, nous humons fort l’odeur de la nuit, tandis qu’à nos oreilles souffle le vent ivre et claque, enfuie de quelques douars, la complainte des tambours et des chants.

Doucement, le pourpre devient indigo, puis s’abandonne au plus profond des noirs. Seule la lune encore nous éclaire, et les lumières des douars alentour, et quelques milliers d’étoiles aussi. La nuit promet d’être douce...