7 novembre 2013

 Fantasia surprise ! 
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À sept heures, voilà notre marche qui reprend, à la fraîcheur du matin et d’un épais brouillard. Il nous faut une heure, soit cinq bons kilomètres, pour laisser définitivement Khouribga en arrière. Dans l’intervalle, nous passons à pas lents de son cœur à sa périphérie, coupant une voie ferrée, traversant des quartiers chics, moyens, populaires puis pauvres, longeant quelques usines, un cimetière, une vaste décharge, une station d’épuration , une prison, etc. Les camions, bus, voitures et charrettes nous frôlent en sens inverse, toujours plus nombreux à s’enfoncer dans la folie urbaine, à mesure que le jour se lève.

Y a-t-il de tempo plus juste que celui lent de la marche, pour appréhender la transition urbaine, le rythme citadin ?

Quelques collégiens, lycéens ou étudiants sortent des brumes campagnardes à bicyclette , convergeant vers leur école respective. En trente-six jours à vagabonder au Maroc, nous n’avons vu que très peu de vélos, encore moins chez la jeunesse, jamais chez les femmes. Alors, ça fait drôle de voir passer une jeune femme sur sa petite reine, le hijab bien fixé, le cartable dans le panier du guidon. Ça a pour nous, voyageurs des campagnes, un caractère inédit, presque révolutionnaire. Et ça fait plaisir !

En toute fin de ville, des dizaines de camions bringuebalent, affluent dans la cour d’une usine, y déchargent, avec une négligence apparente, des centaines de bombonnes de gaz vides, puis rechargent les nouvelles. Nous hâtons alors le pas.

Y a-t-il de façon meilleure que les hasards immanquables de la marche, pour dégotter l’insolite de périphérie, l’essentiel invisible ?

À sept heures, nous nagions dans l’épais brouillard. À neuf heures trente, les derniers nuages filent plein est, finissant de dispenser leurs précieuses ombres. Nous ne manquons pas, alors, de nous en délecter. Car, à peine les nuages partis, le soleil impose ses droits et nous rôtit, comme de coutume, le bourrichon.

À l’extrémité sud du plateau des phosphates – plateau caillouteux, aride et infertile, sur lequel repose Khouribga – , nous grimpouillons de mignonnes mini-montagnes , à sept-cent mètres d’altitude, puis longeons quelques vieilles mines délaissées. Là, précieux plaisir du naturaliste en herbe, nous dégottons un petit amphibien , grosseur et couleur cailloux. Trop zouin ! Finalement, les reliefs s’écrasent, faisant place à une sorte de longue steppe jaune-pâle semi-aride, zone exclusive d’élevage d’ovins et de culture d’orge.

À onze heures, arrivée à El Foqra : c’est la pause, à l’ombre du préau du souk, sous les crocs de boucher, sur le dur d’un étal à viande. Le bled est petit : une pharmacie, une épicerie, un mécano « répare tout », deux-trois administrations, une grande place de souk, mais café walou.

À deux pas seulement, une dizaine de grandes guitounes sont plantées, en plein dans un immense champ de poussière. De là, proviennent à intervalle régulier d’impressionnantes détonations. Curieux, quoique fatigués, nous allons voir. Surprise ! On voudrait l’faire exprès qu’on n’réussirait pas. Ce hasard du marcheur, moi j’dis, il est parfois bien sympathique. Même dans ce vaste territoire déshérité, l’on fête, à sa manière, 1435, l’hégire, le nouvel an musulman. Ici se déroule, tout le jour, , spectacle équestre mythique et impressionnant.

La fantasia désigne différents spectacles équestres traditionnels, simulant des assauts militaires, pratiqués essentiellement au Maghreb, où elle est appelée « jeu de la poudre » ou « jeu des chevaux ».

Elle prend, le plus souvent, la forme d’évolutions équestres au cours desquelles des cavaliers, munis de fusils à poudre noire et chevauchant des montures richement harnachées, simulent une charge de cavalerie, dont l’apothéose est le tir coordonné d’une salve de leurs armes à feu. Source : article Fantasia (Maghreb) W de Wikipédia en français

Nous nous extasions de cet impressionnant spectacle « fumée et poussière ». Sous la tente-restaurant, trois boute-en-train, soixantenaires respectés , nous invitent à leur table, pour bavarder, boire le thé et déguster de succulents beignets frits. Bonheur inespéré du voyageur précaire.

Puis, le temps passe. À quinze heures, le soleil est toujours haut, mais son brûlant diminue. Alors, nous repartons, moins rapides que les beaux cavaliers.

À sept heures, voilà notre marche qui reprend, à la fraîcheur du matin et d’un épais brouillard. Il nous faut une heure, soit cinq bons kilomètres, pour laisser définitivement Khouribga en arrière. Dans l’intervalle, nous passons à pas lents de son cœur à sa périphérie, coupant une voie ferrée, traversant des quartiers chics, moyens, populaires puis pauvres, longeant quelques usines, un cimetière, une vaste décharge, une station d’épuration, une prison, etc. Les camions, bus, voitures et charrettes nous frôlent en sens inverse, toujours plus nombreux à s’enfoncer dans la folie urbaine, à mesure que le jour se lève.

Y a-t-il de tempo plus juste que celui lent de la marche, pour appréhender la transition urbaine, le rythme citadin ?

Quelques collégiens, lycéens ou étudiants sortent des brumes campagnardes à bicyclette, convergeant vers leur école respective. En trente-six jours à vagabonder au Maroc, nous n’avons vu que très peu de vélos, encore moins chez la jeunesse, jamais chez les femmes. Alors, ça fait drôle de voir passer une jeune femme sur sa petite reine, le hijab bien fixé, le cartable dans le panier du guidon. Ça a pour nous, voyageurs des campagnes, un caractère inédit, presque révolutionnaire. Et ça fait plaisir !

En toute fin de ville, des dizaines de camions bringuebalent, affluent dans la cour d’une usine, y déchargent, avec une négligence apparente, des centaines de bombonnes de gaz vides, puis rechargent les nouvelles. Nous hâtons alors le pas.

Y a-t-il de façon meilleure que les hasards immanquables de la marche, pour dégotter l’insolite de périphérie, l’essentiel invisible ?

À sept heures, nous nagions dans l’épais brouillard. À neuf heures trente, les derniers nuages filent plein est, finissant de dispenser leurs précieuses ombres. Nous ne manquons pas, alors, de nous en délecter. Car, à peine les nuages partis, le soleil impose ses droits et nous rôtit, comme de coutume, le bourrichon.

À l’extrémité sud du plateau des phosphates – plateau caillouteux, aride et infertile, sur lequel repose Khouribga – , nous grimpouillons de mignonnes mini-montagnes, à sept-cent mètres d’altitude, puis longeons quelques vieilles mines délaissées. Là, précieux plaisir du naturaliste en herbe, nous dégottons un petit amphibien, grosseur et couleur cailloux. Trop zouin ! Finalement, les reliefs s’écrasent, faisant place à une sorte de longue steppe jaune-pâle semi-aride, zone exclusive d’élevage d’ovins et de culture d’orge.

À onze heures, arrivée à El Foqra : c’est la pause, à l’ombre du préau du souk, sous les crocs de boucher, sur le dur d’un étal à viande. Le bled est petit : une pharmacie, une épicerie, un mécano « répare tout », deux-trois administrations, une grande place de souk, mais café walou.

À deux pas seulement, une dizaine de grandes guitounes sont plantées, en plein dans un immense champ de poussière. De là, proviennent à intervalle régulier d’impressionnantes détonations. Curieux, quoique fatigués, nous allons voir. Surprise ! On voudrait l’faire exprès qu’on n’réussirait pas. Ce hasard du marcheur, moi j’dis, il est parfois bien sympathique. Même dans ce vaste territoire déshérité, l’on fête, à sa manière, 1435, l’hégire, le nouvel an musulman. Ici se déroule, tout le jour, une fantasia, spectacle équestre mythique et impressionnant.

La fantasia désigne différents spectacles équestres traditionnels, simulant des assauts militaires, pratiqués essentiellement au Maghreb, où elle est appelée « jeu de la poudre » ou « jeu des chevaux ».

Elle prend, le plus souvent, la forme d’évolutions équestres au cours desquelles des cavaliers, munis de fusils à poudre noire et chevauchant des montures richement harnachées, simulent une charge de cavalerie, dont l’apothéose est le tir coordonné d’une salve de leurs armes à feu. Source : article Fantasia (Maghreb) de Wikipédia en français

Nous nous extasions de cet impressionnant spectacle « fumée et poussière ». Sous la tente-restaurant, trois boute-en-train, soixantenaires respectés, nous invitent à leur table, pour bavarder, boire le thé et déguster de succulents beignets frits. Bonheur inespéré du voyageur précaire.

Puis, le temps passe. À quinze heures, le soleil est toujours haut, mais son brûlant diminue. Alors, nous repartons, moins rapides que les beaux cavaliers.


  1. Voir l’article Wikipedia Fantasia (Maghreb)