Bonne nuit du 4 au 5 !

 Gentils emmerdements gendarmesques 
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La situation est grotesque. Quand nous y repenserons, elle nous fera rire. Mais, pour le quart d’heure, elle nous emmerde ! Il est minuit passé. Nous pouvons enfin nous recoucher... dans le lit d’un gendarme.

Depuis deux jours, ces derniers se crispent de nous voir déambuler dans leur secteur. Sans jamais évoquer les raisons de cette inquiétude, ils ne cessent de nous téléphoner, avec pour seul mot d’ordre : connaître notre position.

Pas simple, sur la route, de donner une réponse claire : « Là, m’sieur l’gendarme, nous sommes à côté d’un gros caillou et d’un champ jaune. Et ? Bah, c’est tout ! » Alors, à la nuit tombée, confinés sous la tente, au cœur d’une oliveraie parmi tant d’autres, sur un relief quelconque... ça se complique.

En fin de journée, alors que nous sommes au chaud dans nos duvets douillets, un gendarme nous appelle à trois reprises. Sa question, toujours la même : « Quelle est votre position ? » Moi, pleine de bonne volonté, je lui décris de mémoire : la colline, l’oliveraie, le château d’eau, les maisons, les virages, etc. Rien n’y fait cependant ; ça ne lui dit rien. En désespoir de cause, mon GPS à la main, je lui propose notre position géographique exacte. Lui, un peu confus, me lance aussitôt : « Heu... ça n’est pas possible... nous n’avons pas de système GPS... ni d’ordinateur. Mais dites à votre mari de se mettre au bord de la route, avec une lampe allumée. Là, sûr que nous le repérerons ! C’est pour votre sécurité. »

Ma réponse est nette : « Non m’sieur ! Si mon mari va au bord de la route, avec une lampe allumée, tout le monde va le voir. C’est pas sécurité. Et moi, rester toute seule, c’est pas sécurité non plus. B’slama. Tasbah ‘ala khaïr. Au revoir. Bonne nuit. » Nous en restons là...

À vingt-trois heures, un véhicule se stoppe à deux pas, des hommes en sortent, puis marchent et papotent, tandis que leurs torches trifouillent l’obscurité, dans l’interstice des arbres, jusqu’à transpercer la toile de notre petit abri. Alors, tranquillement, Mathieu sort en caleçon, sa torche à la main, croyant avoir affaire à des fermiers curieux. Mais, non ! Ce sont les gendarmes !

« Bonsoir. Gendarmerie royale.
— Vous avez vu l’heure ?
— Ce n’est pas prudent de dormir ici. On vous emmène à la brigade.
— Hein ? Mais pourquoi ?
— Parce que, ici, c’est dangereux.
— Ah bon ? Mais pourquoi ?
— Parce que, ici, il y a des voleurs de bétail , de vaches en particulier.
— Et ? Quel est le rapport ?
— Eh bien, ils pourraient vous voler vos affaires, la guitoune par exemple. Et même pire... »

Mathieu, pantois, reste pourtant courtois, voire un peu blagueur. Moi, franchement en colère, je rétorque : « Mais... mais.. j’suis pas une vache ! » Pas de discussion possible ; ils sont butés ; nous devons les suivre. Alors, à zéro degré Celsius, nous démontons la tente, tout doucement, très méticuleusement, histoire d’un peu les emmerder.

Un gendarme souffle à Mathieu : « Vous, vous parlez bien, mais votre femme, pff, elle parle pas bien. » Moi, dans ma tête, je lui réponds du tac au tac : « J’parle mal parc’que tu nous obliges à plier bagage, banane ! Et en plus, on se les gèle ! Et moi, j’aime bien dormir, ah ça oui ! Et je DÉ-TESTE qu’on me réveille en pleine nuit ! »

Nous déguerpissons finalement du bel endroit, serrés à cinq dans leur 4 x 4, pour huit malheureux kilomètres, direction Oulad Boughadi. Ils pensent nous faire camper dans la cour de la brigade. Hors de question, pourtant, que nous réinstallions la guitoune dans leur foutue cour. Nous réclamons vengeance ; nous voulons dormir au chaud.

Le chef, diplomate, trouve la solution : il nous emmène chez un collègue célibataire, en congé, disposé à nous recevoir. Là, il nous désigne une pièce vide, au sol bétonné. Mais moi, grande reine, passablement énervée, je réclame un lit.

Et voilà comment on se retrouve dans le lit confortable d’un gendarme.

Au regard des territoires déjà traversés, cette région semble bien vide et particulièrement paisible, pépère oserais-je même écrire. La population y est sympa et courtoise.

Pourquoi les gendarmes, alors, sont-ils si méfiants, si oppressants dans leur protection ? Très mobiles et souvent étrangers à la région, ont-ils de mauvais préjugés envers leurs administrés, comme le « gars d’la ville » qui médirait sur le « péquenaud » ? Sont-ils pris de panique à voir deux touristes atypiques traverser leur circonscription, à faire dérailler leur routine, là où aucun jamais ne passe ? Ont-ils les nerfs à vif, excités par quelques affaires récentes de vol de bétail  ?

Quoi qu’il en soit, ils ont été les seuls, dans la région, à semer des angoisses sur notre chemin.

P.S. : Le matin du cinq, à sept heures, nous appelons le chef de brigade, de nombreuses fois, pour le prévenir de notre départ, surtout pour bien le réveiller. Il ne répond pas. Nous allons toquer à la porte. Mais, rien. Nous ratons là, dommage, l’occasion de nous venger.

La situation est grotesque. Quand nous y repenserons, elle nous fera rire. Mais, pour le quart d’heure, elle nous emmerde ! Il est minuit passé. Nous pouvons enfin nous recoucher... dans le lit d’un gendarme.

Depuis deux jours, ces derniers se crispent de nous voir déambuler dans leur secteur. Sans jamais évoquer les raisons de cette inquiétude, ils ne cessent de nous téléphoner, avec pour seul mot d’ordre : connaître notre position.

Pas simple, sur la route, de donner une réponse claire : « Là, m’sieur l’gendarme, nous sommes à côté d’un gros caillou et d’un champ jaune. Et ? Bah, c’est tout ! » Alors, à la nuit tombée, confinés sous la tente, au cœur d’une oliveraie parmi tant d’autres, sur un relief quelconque... ça se complique.

En fin de journée, alors que nous sommes au chaud dans nos duvets douillets, un gendarme nous appelle à trois reprises. Sa question, toujours la même : « Quelle est votre position ? » Moi, pleine de bonne volonté, je lui décris de mémoire : la colline, l’oliveraie, le château d’eau, les maisons, les virages, etc. Rien n’y fait cependant ; ça ne lui dit rien. En désespoir de cause, mon GPS à la main, je lui propose notre position géographique exacte. Lui, un peu confus, me lance aussitôt : « Heu... ça n’est pas possible... nous n’avons pas de système GPS... ni d’ordinateur. Mais dites à votre mari de se mettre au bord de la route, avec une lampe allumée. Là, sûr que nous le repérerons ! C’est pour votre sécurité. »

Ma réponse est nette : « Non m’sieur ! Si mon mari va au bord de la route, avec une lampe allumée, tout le monde va le voir. C’est pas sécurité. Et moi, rester toute seule, c’est pas sécurité non plus. B’slama. Tasbah ‘ala khaïr. Au revoir. Bonne nuit. » Nous en restons là...

À vingt-trois heures, un véhicule se stoppe à deux pas, des hommes en sortent, puis marchent et papotent, tandis que leurs torches trifouillent l’obscurité, dans l’interstice des arbres, jusqu’à transpercer la toile de notre petit abri. Alors, tranquillement, Mathieu sort en caleçon, sa torche à la main, croyant avoir affaire à des fermiers curieux. Mais, non ! Ce sont les gendarmes !

« Bonsoir. Gendarmerie royale.
— Vous avez vu l’heure ?
— Ce n’est pas prudent de dormir ici. On vous emmène à la brigade.
— Hein ? Mais pourquoi ?
— Parce que, ici, c’est dangereux.
— Ah bon ? Mais pourquoi ?
— Parce que, ici, il y a des voleurs de bétail, de vaches en particulier.
— Et ? Quel est le rapport ?
— Eh bien, ils pourraient vous voler vos affaires, la guitoune par exemple. Et même pire... »

Mathieu, pantois, reste pourtant courtois, voire un peu blagueur. Moi, franchement en colère, je rétorque : « Mais... mais.. j’suis pas une vache ! » Pas de discussion possible ; ils sont butés ; nous devons les suivre. Alors, à zéro degré Celsius, nous démontons la tente, tout doucement, très méticuleusement, histoire d’un peu les emmerder.

Un gendarme souffle à Mathieu : « Vous, vous parlez bien, mais votre femme, pff, elle parle pas bien. » Moi, dans ma tête, je lui réponds du tac au tac : « J’parle mal parc’que tu nous obliges à plier bagage, banane ! Et en plus, on se les gèle ! Et moi, j’aime bien dormir, ah ça oui ! Et je DÉ-TESTE qu’on me réveille en pleine nuit ! »

Nous déguerpissons finalement du bel endroit, serrés à cinq dans leur 4 x 4, pour huit malheureux kilomètres, direction Oulad Boughadi. Ils pensent nous faire camper dans la cour de la brigade. Hors de question, pourtant, que nous réinstallions la guitoune dans leur foutue cour. Nous réclamons vengeance ; nous voulons dormir au chaud.

Le chef, diplomate, trouve la solution : il nous emmène chez un collègue célibataire, en congé, disposé à nous recevoir. Là, il nous désigne une pièce vide, au sol bétonné. Mais moi, grande reine, passablement énervée, je réclame un lit.

Et voilà comment on se retrouve dans le lit confortable d’un gendarme.

Au regard des territoires déjà traversés, cette région semble bien vide et particulièrement paisible, pépère oserais-je même écrire. La population y est sympa et courtoise.

Pourquoi les gendarmes, alors, sont-ils si méfiants, si oppressants dans leur protection ? Très mobiles et souvent étrangers à la région, ont-ils de mauvais préjugés envers leurs administrés, comme le « gars d’la ville » qui médirait sur le « péquenaud » ? Sont-ils pris de panique à voir deux touristes atypiques traverser leur circonscription, à faire dérailler leur routine, là où aucun jamais ne passe ? Ont-ils les nerfs à vif, excités par quelques affaires récentes de vol de bétail ?

Quoi qu’il en soit, ils ont été les seuls, dans la région, à semer des angoisses sur notre chemin.

P.S. : Le matin du cinq, à sept heures, nous appelons le chef de brigade, de nombreuses fois, pour le prévenir de notre départ, surtout pour bien le réveiller. Il ne répond pas. Nous allons toquer à la porte. Mais, rien. Nous ratons là, dommage, l’occasion de nous venger.