Soirée du 2 novembre 2013

 Oh, la belle famille ! 
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Alors qu’au-dehors l’air est bouillant et la lumière crue, je gribouille ces pages de carnet dans un salon sombre et froid. J’en viens même à grelotter, légèrement fiévreuse, tant le contraste est saisissant et tant ma peau blanchâtre, tout autour de midi, a accumulé soleil et chaleur.

À midi, justement, nous terminons les courts quinze kilomètres qui traversent, en largeur, les chaotiques reliefs d’une vallée d’oued, entaillant la Meseta marocaine (ou Plateau central marocain). Le plaisir aura été de courte durée...

Nous débouchons, alors, sur un mince et long plateau, nu d’arbre, totalement agricole, accueillis là par une mosquée de campagne , blanche et modeste.

Sans provision, nous devons marcher quinze chauds kilomètres, jusqu’à Merchouch, une commune rurale, petite et banale : mille mètres de long, trois-cent de large, une gendarmerie, deux-trois administrations, une école primaire, un collège, cent maisons réparties autour d’une seule avenue principale, une trentaine de boutiques (épiceries, cafés, gargotes, coiffeurs, mécaniciens) concentrées en son centre et, sur des kilomètres alentour, des champs, des douars et des fermes isolées.

Ce genre de ville est idéale pour grignoter un midi et refaire ses provisions. Les gens y discutent facilement, voire vous offrent l’hospitalité. Et, le jour de souk, c’est « ambiance et grillades » assuré !

Aujourd’hui, à Merchouch, quelle chance : c’est souk, il y a de l’affluence. À quatorze heures, les grillades se terminent. Qu’importe, nous nous attablons au premier café venu, y commandant un khobz (pain), un bayda (œuf), du sel, du poivre et un coca. Plaisir simple d’être là, à dévorer son œuf, à observer la foule.

Le boutiquier d’à côté, chez qui Mathieu vient de faire quelques courses, est très prévenant à notre égard. Il vient voir si tout va bien, nous aide à dialoguer avec le patron du café, puis, dans la foulée, tout naturellement, nous offre l’hospitalité.

À la maison, nous sommes accueillis par Saadia , l’épouse du boutiquier, une femme extraordinaire. Des formes généreuses dans un pyjama rose, un sourire permanent, elle a la gnaque, elle danse, elle chante, elle fait des grimaces. À trente-sept ans, elle en paraît cinq ou dix de moins.

Le couple a quatre enfants, que des garçons, âgés de dix à vingt-deux ans. Mariée et mère à quinze ans , Saadia semble extrêmement proche d’eux, se comportant davantage en grande sœur qu’en maman.

À peine arrivés, elle nous sert un goûter (thé, gâteaux, cacahuètes), nous chauffe de l’eau, nous pousse à la douche et, en cachette, en profite pour laver nos chemises. Alors, dans le salon sombre et froid, elle nous allonge, puis nous borde de chaudes couettes. C’est l’heure de la sieste.

En attendant que le père ferme boutique, nous passons la soirée à cuisiner, discuter, grignoter, danser, jouer aux cartes ou au foot. L’aîné, revenant tout juste du Sud-Maroc, sort d’une cachette une précieuse gourmandise : du amlou véritable , pâte à tartiner à base d’huile d’argan, d’amandes grillées et de « vrai miel ». C’est aussi cher que délicieux !

Ce soir, nous nous couchons avec le net sentiment d’avoir découvert là une très belle famille, soudée et heureuse. Après une bonne série de bivouacs, pas toujours enthousiasmants, qu’il est précieux de faire une telle rencontre, de vivre un tel moment.

Ce boutiquier, nous lui avons acheté pour cinquante dirhams de provisions. Lui, instantanément, il a inversé les rôles, nous redonnant le quadruple. Surtout, il nous a offert ce qui ne se vend pas : la plus belle humanité.

P.S. : Le lendemain, levé à 6h20, départ à 6h50. Le père et le fils aîné sont partis tôt à la chasse. Nous grignotons le petit déj’ préparé pour nous sur la table. Saadia, encore au lit, m’appelle pour que je l’embrasse avant de partir. Quelle jolie femme ! Merci à elle. Merci à eux. Il fait frais en partant, c’est agréable. Tâchons de beaucoup marcher ce matin.

Alors qu’au-dehors l’air est bouillant et la lumière crue, je gribouille ces pages de carnet dans un salon sombre et froid. J’en viens même à grelotter, légèrement fiévreuse, tant le contraste est saisissant et tant ma peau blanchâtre, tout autour de midi, a accumulé soleil et chaleur.

À midi, justement, nous terminons les courts quinze kilomètres qui traversent, en largeur, les chaotiques reliefs d’une vallée d’oued, entaillant la Meseta marocaine (ou Plateau central marocain). Le plaisir aura été de courte durée...

Nous débouchons, alors, sur un mince et long plateau, nu d’arbre, totalement agricole, accueillis là par une mosquée de campagne, blanche et modeste.

Sans provision, nous devons marcher quinze chauds kilomètres, jusqu’à Merchouch, une commune rurale, petite et banale : mille mètres de long, trois-cent de large, une gendarmerie, deux-trois administrations, une école primaire, un collège, cent maisons réparties autour d’une seule avenue principale, une trentaine de boutiques (épiceries, cafés, gargotes, coiffeurs, mécaniciens) concentrées en son centre et, sur des kilomètres alentour, des champs, des douars et des fermes isolées.

Ce genre de ville est idéale pour grignoter un midi et refaire ses provisions. Les gens y discutent facilement, voire vous offrent l’hospitalité. Et, le jour de souk, c’est « ambiance et grillades » assuré !

Aujourd’hui, à Merchouch, quelle chance : c’est souk, il y a de l’affluence. À quatorze heures, les grillades se terminent. Qu’importe, nous nous attablons au premier café venu, y commandant un khobz (pain), un bayda (œuf), du sel, du poivre et un coca. Plaisir simple d’être là, à dévorer son œuf, à observer la foule.

Le boutiquier d’à côté, chez qui Mathieu vient de faire quelques courses, est très prévenant à notre égard. Il vient voir si tout va bien, nous aide à dialoguer avec le patron du café, puis, dans la foulée, tout naturellement, nous offre l’hospitalité.

À la maison, nous sommes accueillis par Saadia, l’épouse du boutiquier, une femme extraordinaire. Des formes généreuses dans un pyjama rose, un sourire permanent, elle a la gnaque, elle danse, elle chante, elle fait des grimaces. À trente-sept ans, elle en paraît cinq ou dix de moins.

Le couple a quatre enfants, que des garçons, âgés de dix à vingt-deux ans. Mariée et mère à quinze ans, Saadia semble extrêmement proche d’eux, se comportant davantage en grande sœur qu’en maman.

À peine arrivés, elle nous sert un goûter (thé, gâteaux, cacahuètes), nous chauffe de l’eau, nous pousse à la douche et, en cachette, en profite pour laver nos chemises. Alors, dans le salon sombre et froid, elle nous allonge, puis nous borde de chaudes couettes. C’est l’heure de la sieste.

En attendant que le père ferme boutique, nous passons la soirée à cuisiner, discuter, grignoter, danser, jouer aux cartes ou au foot. L’aîné, revenant tout juste du Sud-Maroc, sort d’une cachette une précieuse gourmandise : du amlou véritable, pâte à tartiner à base d’huile d’argan, d’amandes grillées et de « vrai miel ». C’est aussi cher que délicieux !

Ce soir, nous nous couchons avec le net sentiment d’avoir découvert là une très belle famille, soudée et heureuse. Après une bonne série de bivouacs, pas toujours enthousiasmants, qu’il est précieux de faire une telle rencontre, de vivre un tel moment.

Ce boutiquier, nous lui avons acheté pour cinquante dirhams de provisions. Lui, instantanément, il a inversé les rôles, nous redonnant le quadruple. Surtout, il nous a offert ce qui ne se vend pas : la plus belle humanité.

P.S. : Le lendemain, levé à 6h20, départ à 6h50. Le père et le fils aîné sont partis tôt à la chasse. Nous grignotons le petit déj’ préparé pour nous sur la table. Saadia, encore au lit, m’appelle pour que je l’embrasse avant de partir. Quelle jolie femme ! Merci à elle. Merci à eux. Il fait frais en partant, c’est agréable. Tâchons de beaucoup marcher ce matin.