Visa mauritanien

 Les petits bonheurs de l’administratif. 

L’administration marocaine nous offre trois mois pour visiter son pays. Alors, nous les prenons ! Ce mercredi 30 octobre, nous n’avons consommé qu’un seul mois. Reste deux. Nous devrons quitter le royaume chérifien, au maximum, le 3 janvier 2014.

En ces temps troubles de banditisme, terrorisme et conflits au Sahara et au Sahel, tout baroudeur ouest-africain passe forcément, après le Maroc, par la Mauritanie : large pays désertique, très peu peuplé, république islamique, territoire à dattes et à dromadaires, etc.

Il nous faut, bien entendu, un visa d’entrée. Mais l’obtention de celui-ci, pour un projet farfelu qui plus est, semble une gageure ! Voici nos possibilités :

Par défaut, nous avons choisi la dernière solution. Tant pis pour l’énorme ville et les grandes plaines cultivées. Tant pis, aussi, pour tous les beaux territoires que nous louperons alors.

Nous voici donc à neuf heures, ce mercredi trente, devant l’ambassade de Mauritanie à Rabat, pour une demande de visa.

Nous y étions déjà hier après-midi. Mais, pas d’bol, l’après-midi est réservée à la réception des visas. Tant pis, encore, pour les sept kilomètres de marche, en tongs, sous un soleil de plomb.

Ce matin, c’est bon. Le temps de comprendre qu’il faut retirer un formulaire (et où il faut le retirer), de le faire remplir par un clampin sur le trottoir, pour vingt dirhams chacun (2 €), et notre demande de visa pour le 1 er janvier 2014 est faite. Passons l’austérité et le retard de l’administration mauritanienne, l’apparent plaisir du fonctionnaire à emmerder certains types de demandeurs, l’obscurité de la procédure, l’attente dans la rue, etc.

En échange de nos deux formulaires, de deux photos d’identité chacun, d’une photocopie de chaque passeport et de 2 x 340 dirhams (2 x 30 € = 60 €), nous recevons un petit papier indiquant de revenir le jour-même, entre 15 et 16 heures, pour récupérer nos passeports et, avec, le précieux sésame.

À 14h30, nous faisons déjà la queue devant l’ambassade de Mauritanie. À 15h30, enfin, nous récupérons nos passeports. Mais là, mauvaise surprise ! Le fonctionnaire n’a – bien entendu ! – pas pris en compte nos dates souhaitées. Sur nos passeports, le visa est valide du 31/10/2013 (demain, donc) au 29/11/2013 (un mois après). Ces dates-là n’ont aucun intérêt pour nous, qui voulons marcher encore deux mois au Maroc, direction le Sud.

Par un minuscule hublot, Mathieu explique notre cas au fonctionnaire, qui ne veut rien entendre. Impossible, a priori, d’obtenir un visa avec une date d’entrée ultérieure. Avec grand calme, Mathieu insiste. Le fonctionnaire lui répond : « Impossible. Allez attendre dehors ». Mais dehors, la porte se refermera et nous serons laissés à la rue, comme deux poulets plumés, sans solution. Alors, toujours avec calme, il insiste en refrain : « Attendre qui ? Attendre quoi ? Attendre qui ? Attendre quoi... » Tandis que le fonctionnaire lui répond, franchement énervé : « Allez attendre dehors. Dehors ! Dehors ! Allez attendre dehors... »

Finalement, nous sortons. La porte métallique se ferme bruyamment. Cinq minutes passent. La porte se rouvre, le fonctionnaire en sort et prend nos deux passeports. Nous attendons là, papotant avec un Français en partance pour la Casamance, au sud du Sénégal. Vingt minutes après, argent et passeports nous sont rendus. Nos visas, eux, sont annulés. Tout est à refaire !

Nous tenterons notre chance à la frontière. D’après le Français, en effet, il est de nouveau possible, depuis peu, d’y obtenir un visa. Affaire à suivre...

Finalement, notre passage par Rabat et ses grandes plaines cultivées aura été vain. Mais qu’importe. Ce moment administratif foutraque aura forgé, un peu, notre expérience.

N.B. Depuis le 1 er novembre 2013, il est possible d’obtenir un visa à la frontière : 50 € pour quinze jours ; 90 € pour trois mois.


  1. Comme probablement partout en Afrique, le Maroc grouille de petits boulots. Deux messieurs se sont fait le métier de remplir les demandes de visa. Et presque tout le monde leur confie la délicate tâche.