Maâmora

 Plus grande forêt de chênes-lièges au monde 
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Avant-propos

La forêt de la Maâmora est un milieu naturel riche, pour ne pas dire exceptionnel, largement étudié par les scientifiques. À la fin des années 90, l’INRA a décrit sa végétation, sa géographie, ses activités humaines et les dangers qui la menacent gravement.

Les informations de cet exposé sont largement tirées des articles suivants :

Parce que l’activité et le rôle d’écrivain-voyageur, c’est aussi cela, faire découvrir des écosystèmes, titiller les curiosités, être un « chatouilleur » des savoirs... nous espérons que ce texte vous intéressera, malgré sa forme quelque peu académique.

Le chêne-liège

Le chêne-liège (Quercus suber ) est une essence qui pousse sur des sols pauvres en calcaire actif (granit, gneiss, schistes). L’arbre affectionne les terrains siliceux, à texture sablo-argileuse, légers et bien drainés.

Son système racinaire pivotant lui permet de s’enraciner profondément, même sur les sols très superficiels, et de résister aux tempêtes.

C’est un arbre exigeant en ce qui concerne la chaleur et l’humidité. Il requiert des précipitations annuelles minimales de 400-600 mm, et des températures moyennes annuelles supérieures à 13,5 °C environ, avec des minima supérieurs à -5 °C.

Forêt de la Maâmora

La Maâmora est la plus vaste forêt de chênes-lièges (suberaie ) du Maroc et probablement du monde . Son nom signifie « la fructifère » et proviendrait de la qualité exceptionnelle des glands doux de ses chênes, autrefois très appréciés jusqu’à la cour d’Espagne.

La superficie de la suberaie, 55 000 hectares en 2003, est l’addition de massifs très découpés, résultat des aménagements entrepris dès les années 1910. À l’époque, elle s’étendait sur 130 000 hectares. Le massif forestier est parcouru par de nombreuses pistes. C’est un lieu de pâturage régulier et on y récolte le liège.

Les parties les plus dégradées, surtout au nord, ont été remplacées par des plantations d’arbres exotiques : pins, acacias à tanin et eucalyptus . Les autres ont été recepées et aménagées. Le sous-bois, souvent très clairsemé, est constitué de genêts W, de passerines , de palmiers nains , etc. Ces plantes, en effet, sont résistantes à la dent du bétail, contrairement aux jeunes chênes-lièges.

Le seul lieu où la suberaie présente des arbres de toutes tailles (certains très majestueux, aux branches redescendant à terre), dominant une prairie de graminées bien fournie, est la réserve royale d’Aïn Johra (ex-chasse résidentielle du maréchal Lyautey W). Là, le pâturage et l’émondage sont interdits.

Des étendues d’eau temporaires sont présentes au cœur du massif. Les dayas sont de petites dépressions au fond argileux, qui collectent les eaux de pluie et s’assèchent l’été. Les merjas sont des sortes d’étangs alimentés par la nappe phréatique. Leurs deux principales menaces sont :

La pollution (eutrophisation liée aux hommes), les dépôts de matériaux et l’invasion d’espèces sont d’autres périls existants.

La forêt de la Maâmora est délimitée par l’océan Atlantique à l’ouest, et s’étend vers l’est sur environ 70 km. Globalement, elle se présente comme un plateau doucement incliné vers le nord-est, entaillé par quatre vallées d’oueds coulant vers le nord. Les sols sont des sables, de profondeur variable, sur argiles. À l’ouest, le climat est océanique (température modérée, forte hydrométrie) et devient continental vers l’est (période sèche plus longue).

Utilisations de la forêt

La forêt offre de multiples ressources directes.

La principale est le liège  : matériau au prix fluctuant, à la qualité inconstante et dépréciée par la fourmi du liège (les bouchons sont troués par les galeries de l’insecte). La productivité de la Maâmora est très faible par rapport à celle des suberaies portugaises . Le Maroc détient 15 % de la superficie mondiale de chêne-liège (présence dans le Rif, le Moyen Atlas, le Plateau central et la Maâmora), mais ne contribue qu’à 4 à 6 % de la production mondiale de liège.

La récolte des glands , champignons et miel sauvage est une activité importante pour la population de la Maâmora, comme pour celle des autres suberaies du Maroc. À l’échelle nationale, elles récoltent chaque année l’équivalent de : 5000 tonnes de glands doux, 115 tonnes de champignons (dont 85 tonnes de truffes) et 2000 tonnes de miel.

Le bois du chêne-liège, lui, n’est pas travaillé. Mais il est illégalement utilisé pour la carbonisation domestique et trop fréquemment pillé pour la revente aux hammams.

Le surpâturage du bétail (bovins, ovins et caprins) est une des causes principales de la dégradation de la Maâmora. La charge pastorale est de 6,4 « unités petit bétail » (UPB) à l’année, alors que la charge d’équilibre convenu est de 1,5 UPB. Chaque année, 24 millions d’unités fourragères y sont également produites.

La chasse, la promenade et la découverte de la nature sont les activités récréatives de quelques millions de citadins avides de grand air (ceux de Rabat, Salé, Kénitra et Khémisset). Une évaluation (datant du début des années 2000) rapportait une moyenne de 30.000 visiteurs et de 5.000 véhicules pouvant séjourner quotidiennement en Maâmora.

Dernier emploi à signaler de cette suberaie : celui de réserve foncière. La Maâmora a vu certaines de ses parcelles rasées, pour aménager, notamment, des camps militaires, un institut des sports et une autoroute entre Rabat et Kénitra.

Quel avenir ?

Partout, la pression pastorale et la production ovine cernent ces espaces reliques, telle une menace fatale. Des structures largement anthropisées, l’anéantissement du sous-bois, le dépérissement des arbres, l’envahissement d’espèces animales ou végétales, une avancée prononcée de la désertification, la persécution de la faune, garantissent à la Maâmora une durabilité nulle. L’ancienne plus grande suberaie du monde ne sera, bientôt, plus qu’une morne lande. Michel Tarrier & Jean Delacre, dans « Carnets de voyages naturalistes au Maroc »

Avant-propos

La forêt de la Maâmora est un milieu naturel riche, pour ne pas dire exceptionnel, largement étudié par les scientifiques. À la fin des années 90, l’INRA a décrit sa végétation, sa géographie, ses activités humaines et les dangers qui la menacent gravement.

Les informations de cet exposé sont largement tirées des articles suivants :

Parce que l’activité et le rôle d’écrivain-voyageur, c’est aussi cela, faire découvrir des écosystèmes, titiller les curiosités, être un « chatouilleur » des savoirs... nous espérons que ce texte vous intéressera, malgré sa forme quelque peu académique.

Le chêne-liège

Le chêne-liège (Quercus suber) est une essence qui pousse sur des sols pauvres en calcaire actif (granit, gneiss, schistes). L’arbre affectionne les terrains siliceux, à texture sablo-argileuse, légers et bien drainés.

Son système racinaire pivotant lui permet de s’enraciner profondément, même sur les sols très superficiels, et de résister aux tempêtes.

C’est un arbre exigeant en ce qui concerne la chaleur et l’humidité. Il requiert des précipitations annuelles minimales de 400-600 mm, et des températures moyennes annuelles supérieures à 13,5 °C environ, avec des minima supérieurs à -5 °C.

Forêt de la Maâmora

La Maâmora est la plus vaste forêt de chênes-lièges (suberaie) du Maroc et probablement du monde. Son nom signifie « la fructifère » et proviendrait de la qualité exceptionnelle des glands doux de ses chênes, autrefois très appréciés jusqu’à la cour d’Espagne.

La superficie de la suberaie, 55 000 hectares en 2003, est l’addition de massifs très découpés, résultat des aménagements entrepris dès les années 1910. À l’époque, elle s’étendait sur 130 000 hectares. Le massif forestier est parcouru par de nombreuses pistes. C’est un lieu de pâturage régulier et on y récolte le liège.

Les parties les plus dégradées, surtout au nord, ont été remplacées par des plantations d’arbres exotiques : pins, acacias à tanin et eucalyptus. Les autres ont été recepées et aménagées. Le sous-bois, souvent très clairsemé, est constitué de genêts, de passerines, de palmiers nains, etc. Ces plantes, en effet, sont résistantes à la dent du bétail, contrairement aux jeunes chênes-lièges.

Le seul lieu où la suberaie présente des arbres de toutes tailles (certains très majestueux, aux branches redescendant à terre), dominant une prairie de graminées bien fournie, est la réserve royale d’Aïn Johra (ex-chasse résidentielle du maréchal Lyautey). Là, le pâturage et l’émondage sont interdits.

Des étendues d’eau temporaires sont présentes au cœur du massif. Les dayas sont de petites dépressions au fond argileux, qui collectent les eaux de pluie et s’assèchent l’été. Les merjas sont des sortes d’étangs alimentés par la nappe phréatique. Leurs deux principales menaces sont :

La pollution (eutrophisation liée aux hommes), les dépôts de matériaux et l’invasion d’espèces sont d’autres périls existants.

La forêt de la Maâmora est délimitée par l’océan Atlantique à l’ouest, et s’étend vers l’est sur environ 70 km. Globalement, elle se présente comme un plateau doucement incliné vers le nord-est, entaillé par quatre vallées d’oueds coulant vers le nord. Les sols sont des sables, de profondeur variable, sur argiles. À l’ouest, le climat est océanique (température modérée, forte hydrométrie) et devient continental vers l’est (période sèche plus longue).

Utilisations de la forêt

La forêt offre de multiples ressources directes.

La principale est le liège : matériau au prix fluctuant, à la qualité inconstante et dépréciée par la fourmi du liège (les bouchons sont troués par les galeries de l’insecte). La productivité de la Maâmora est très faible par rapport à celle des suberaies portugaises. Le Maroc détient 15 % de la superficie mondiale de chêne-liège (présence dans le Rif, le Moyen Atlas, le Plateau central et la Maâmora), mais ne contribue qu’à 4 à 6 % de la production mondiale de liège.

La récolte des glands, champignons et miel sauvage est une activité importante pour la population de la Maâmora, comme pour celle des autres suberaies du Maroc. À l’échelle nationale, elles récoltent chaque année l’équivalent de : 5000 tonnes de glands doux, 115 tonnes de champignons (dont 85 tonnes de truffes) et 2000 tonnes de miel.

Le bois du chêne-liège, lui, n’est pas travaillé. Mais il est illégalement utilisé pour la carbonisation domestique et trop fréquemment pillé pour la revente aux hammams.

Le surpâturage du bétail (bovins, ovins et caprins) est une des causes principales de la dégradation de la Maâmora. La charge pastorale est de 6,4 « unités petit bétail » (UPB) à l’année, alors que la charge d’équilibre convenu est de 1,5 UPB. Chaque année, 24 millions d’unités fourragères y sont également produites.

La chasse, la promenade et la découverte de la nature sont les activités récréatives de quelques millions de citadins avides de grand air (ceux de Rabat, Salé, Kénitra et Khémisset). Une évaluation (datant du début des années 2000) rapportait une moyenne de 30.000 visiteurs et de 5.000 véhicules pouvant séjourner quotidiennement en Maâmora.

Dernier emploi à signaler de cette suberaie : celui de réserve foncière. La Maâmora a vu certaines de ses parcelles rasées, pour aménager, notamment, des camps militaires, un institut des sports et une autoroute entre Rabat et Kénitra.

Quel avenir ?

Partout, la pression pastorale et la production ovine cernent ces espaces reliques, telle une menace fatale. Des structures largement anthropisées, l’anéantissement du sous-bois, le dépérissement des arbres, l’envahissement d’espèces animales ou végétales, une avancée prononcée de la désertification, la persécution de la faune, garantissent à la Maâmora une durabilité nulle. L’ancienne plus grande suberaie du monde ne sera, bientôt, plus qu’une morne lande. Michel Tarrier & Jean Delacre, dans « Carnets de voyages naturalistes au Maroc »


  1. Institut national de la recherche agronomique. 

  2. Voir l’article Wikipedia genêts

  3. Voir l’article Wikipedia maréchal Lyautey

  4. La cuisson et le chauffage.