5 octobre 2013

 Le débutant, il a l'air gauche, un peu couillon. Mais s'il est beau d'la tête, qu'il a le cœur ouvert, il deviendra un bon. Alors vogue la galère... le cœur ouvert.  
Version augmentée Version simple

Intense journée. Par quoi commencer ?

En filant plein ouest par la R610, dix bons kilomètres séparent le centre-ville de la sortie d’agglomération. L’entre-deux : routes, voitures, trottoirs, habitations, encore, toujours. Alors, quitter Nador à pied ? Non ! Pas le premier jour.

Sept heures du matin, nous sautons dans un bus bondé de travailleurs, direction Zeghanghane. Au terminus : « Tout le monde descend ! » Et en avant pour nos vingt-cinq premiers kilomètres de marche.

Ça commence sur un grand axe, aux vrombissements des bahuts qui nous frôlent, à la sympathie des camionneurs qui, chaleureusement, nous saluent et klaxonnent.

Ouf ! quand ça se termine. Nous poursuivons sur une route campagnarde, croisant là : une vieille femme à la corvée d’eau, quatre adolescents qui attendent un taxi, quelques enfants en chemin pour l’école. Nous les saluons tous d’un sourire et d’un salam.

Bon, à cet instant précis, petite blonde française, ne parlant ni arabe ni berbère, marchant là où personne ne marche sauf par pauvreté (comme ce vieil homme en baluchon, qui fouille dans les ordures), trimbalant un gros sac à dos, nippée comme une scoute catho plus que comme une hippie… je ne me sens pas – tu m’étonnes ! – à ma place.

Faut vraiment avoir de l’énergie à perdre ; c’est bien un truc d’européen, ça ! Pourtant, cette marche, nous l’avons choisie. Car elle est, à nos yeux, la meilleure manière nomade de traverser un territoire, de le découvrir, de le comprendre, de le sentir. Forcément qu’elle a ses mauvais côtés, mais n’y pensons pas dès le premier jour...

Très vite, la chaleur assomme. Premier village, premier arrêt. Un trentenaire à casquette, Karim, nous hèle. Il nous offre un jus de fruit frais. Nous papotons un peu : habitant à Barcelone, il est venu pour les fêtes. Il semble content et fier que l’on marche dans sa région natale.

Pourtant, le Rif a mauvaise réputation. C’est le grenier à cannabis de l’Europe. D’habitude, les touristes l’évitent, le survolent en camping-car et en 4 × 4, ou ne se posent qu’en quelques endroits bien choisis. Alors, que deux français s’y aventurent, à pied qui plus est : exceptionnel ! Karim propose de griller des sardines. Il n’est que dix heures trente ; nous refusons ; Kandoussi, notre « village-étape », est encore loin.

Ce bout de Rif, sec en cette saison, n’est qu’un nuancier de marrons et de jaunes, fait de grands champs pierreux, d’oliveraies en fruit, de petits reliefs ravinés et d’innombrables villages. Une longue route rectiligne, sans aucun chemin adjacent, coupe en deux notre paysage. De part et d’autre, des déchets , encore des déchets et une multitude de bosquets secs et rabougris. Parfois, au creux d’un oued asséché, la végétation s’épanouit un peu plus, tandis que les ordures abondent. Idem au cœur des villages, où poussent grenadiers , figuiers de Barbarie (famille des cactus) et poubelles sauvages. Dans le lointain, partout, des montagnes.

Début d’aventure : nous n’avons pas posé, encore, nos repères de voyageurs ; nous sommes aux aguets, timides, pas tranquilles. Alors, qu’il est difficile de trouver un lieu paisible de relâche, pour grignoter et siester, de surcroît sur une telle étendue ouverte et peuplée. Nous le trouvons, finalement, en bord de route, à l’ombre d’une toute petite oliveraie. Là, lovés discrètement contre un bourrelet de terre, nous n’éparpillons pas nos affaires. Puis repartons.

Après-midi : nombreuses marques de sympathie. Un quarantenaire, par exemple, nous hèle de sa maison, nous invite à y entrer, puis nous apporte gâteaux et jus de fruit frais. Total bonheur par cette chaleur ! Par contre, non aux restes de couscous ; il n’est même pas seize heures…

Dix-huit heures : arrivée à Kandoussi, notre objectif de journée. Derniers kilomètres difficiles. La chaleur et les ampoules ne sont pas mes amies.

Intense journée. Par quoi commencer ?

En filant plein ouest par la R610, dix bons kilomètres séparent le centre-ville de la sortie d’agglomération. L’entre-deux : routes, voitures, trottoirs, habitations, encore, toujours. Alors, quitter Nador à pied ? Non ! Pas le premier jour.

Sept heures du matin, nous sautons dans un bus bondé de travailleurs, direction Zeghanghane. Au terminus : « Tout le monde descend ! » Et en avant pour nos vingt-cinq premiers kilomètres de marche.

Ça commence sur un grand axe, aux vrombissements des bahuts qui nous frôlent, à la sympathie des camionneurs qui, chaleureusement, nous saluent et klaxonnent.

Ouf ! quand ça se termine. Nous poursuivons sur une route campagnarde, croisant là : une vieille femme à la corvée d’eau, quatre adolescents qui attendent un taxi, quelques enfants en chemin pour l’école. Nous les saluons tous d’un sourire et d’un salam.

Bon, à cet instant précis, petite blonde française, ne parlant ni arabe ni berbère, marchant là où personne ne marche sauf par pauvreté (comme ce vieil homme en baluchon, qui fouille dans les ordures), trimbalant un gros sac à dos, nippée comme une scoute catho plus que comme une hippie… je ne me sens pas – tu m’étonnes ! – à ma place.

Faut vraiment avoir de l’énergie à perdre ; c’est bien un truc d’européen, ça ! Pourtant, cette marche, nous l’avons choisie. Car elle est, à nos yeux, la meilleure manière nomade de traverser un territoire, de le découvrir, de le comprendre, de le sentir. Forcément qu’elle a ses mauvais côtés, mais n’y pensons pas dès le premier jour...

Très vite, la chaleur assomme. Premier village, premier arrêt. Un trentenaire à casquette, Karim, nous hèle. Il nous offre un jus de fruit frais. Nous papotons un peu : habitant à Barcelone, il est venu pour les fêtes. Il semble content et fier que l’on marche dans sa région natale.

Pourtant, le Rif a mauvaise réputation. C’est le grenier à cannabis de l’Europe. D’habitude, les touristes l’évitent, le survolent en camping-car et en 4 × 4, ou ne se posent qu’en quelques endroits bien choisis. Alors, que deux français s’y aventurent, à pied qui plus est : exceptionnel ! Karim propose de griller des sardines. Il n’est que dix heures trente ; nous refusons ; Kandoussi, notre « village-étape », est encore loin.

Ce bout de Rif, sec en cette saison, n’est qu’un nuancier de marrons et de jaunes, fait de grands champs pierreux, d’oliveraies en fruit, de petits reliefs ravinés et d’innombrables villages. Une longue route rectiligne, sans aucun chemin adjacent, coupe en deux notre paysage. De part et d’autre, des déchets, encore des déchets et une multitude de bosquets secs et rabougris. Parfois, au creux d’un oued asséché, la végétation s’épanouit un peu plus, tandis que les ordures abondent. Idem au cœur des villages, où poussent grenadiers, figuiers de Barbarie (famille des cactus) et poubelles sauvages. Dans le lointain, partout, des montagnes.

Début d’aventure : nous n’avons pas posé, encore, nos repères de voyageurs ; nous sommes aux aguets, timides, pas tranquilles. Alors, qu’il est difficile de trouver un lieu paisible de relâche, pour grignoter et siester, de surcroît sur une telle étendue ouverte et peuplée. Nous le trouvons, finalement, en bord de route, à l’ombre d’une toute petite oliveraie. Là, lovés discrètement contre un bourrelet de terre, nous n’éparpillons pas nos affaires. Puis repartons.

Après-midi : nombreuses marques de sympathie. Un quarantenaire, par exemple, nous hèle de sa maison, nous invite à y entrer, puis nous apporte gâteaux et jus de fruit frais. Total bonheur par cette chaleur ! Par contre, non aux restes de couscous ; il n’est même pas seize heures…

Dix-huit heures : arrivée à Kandoussi, notre objectif de journée. Derniers kilomètres difficiles. La chaleur et les ampoules ne sont pas mes amies.


  1. Prononcez « Z’rane z’rane ».