3 octobre 2013

 Je sors d'ma zone culturelle douillette, pour la première fois d'une vie. J'ai la tête en courant d'air. J'suis peureuse comme une enfant.  
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Durant la traversée, nous papotons de-ci de-là, Mathieu avec les hommes, moi avec les femmes. Merci la langue française, car nos premiers mots d’arabe, eux, ne sont pas brillants. Probablement vais-je galérer avec ce langage aux sonorités absolument nouvelles. Mathieu, plus travailleur, y arrive davantage.

Après vingt-sept heures de mer, nous débarquons à Beni Ensar , au nord-est du Maroc. Vingt heures trente, entrée du port : la nuit tombe.

Aussitôt, je contacte Abdellatif, un couchsurfeur, la trentaine. Le principe du couchsurfing (littéralement, « surf sur canapé ») : accueillir ou loger chez une personne, gratuitement. C’est bon pour la culture, l’ouverture, les rencontres, les découvertes. En France, bien avant notre départ, nous avons contacté et échangé avec Abdellatif ; il sait que nous arrivons aujourd’hui.

Travaillant comme saisonnier à la douane du port, il vient rapidement à notre rencontre. « Bonjour. Bienvenue. Ça va ? Vous avez fait bon voyage ? Pas d’inquiétude, je vous prends en charge. » Débordé, il nous emmène dehors, à la terrasse d’un snack. « Attendez-moi là. Je reviens dans une heure. »

Il fait désormais nuit noire. C’est notre première fois en dehors de l’Europe. Presque nos premiers pas en dehors de la France. Nous ne connaissons rien du Maroc, de sa monnaie, de ses langues, de ses coutumes. Et, bien plus vite que de l’écrire, nous voilà laissés seuls, à la terrasse d’un boui-boui, par notre tempétueux accueillant, à dix bons kilomètres des hôtels de Nador. C’est presque pas inquiétant…

Là, pourtant, nous nous détendons, dégustant notre tout premier thé à la menthe, grignotant un bon sandwich viande-frites, ouvrant grand nos oreilles aux sons et locutions d’ici. Mathieu bafouille, au patron, deux-trois mots d’arabe : « Donnez-moi deux thés. Où sont les toilettes ? Combien ça coûte ? S’il vous plaît. » Courageux et ridicule ! Notre bourse voyageuse s’allège d’à peine cinquante dirhams (cinq euros) ; nous sommes rassasiés et pas encore ruinés.

Enfin, au bout d’une heure, Abdellatif nous rejoint. Pressé, il nous dit qu’il travaillera jusque tard dans la nuit, qu’il ne peut pas nous emmener chez-lui (trop loin), mais : « Pas d’inquiétude. Je vous prends en charge. » On monte tous trois en voiture et, en un vif demi-tour, nous voilà embarqués dans un tourbillon incontrôlable, dans l’inquiétude des débuts d’un long voyage…

Un quart d’heure plus tard. La voiture se faufile dans l’allée poussiéreuse d’une enfilade d’immeubles décrépis, puis s’arrête devant l’un d’eux. Nous montons quelques étages, dans la colocation qu’occupe un collègue. Le collègue n’est pas là (il travaille ce soir, également) ; ses colocataires non plus. « Il n’y a pas de problème. Vous êtes les bienvenus ! Marhbabikoum ! » nous lance Abdellatif, avant de repartir comme une tempête.

Vingt-trois heures. Nous nous retrouvons seuls, dans un appartement vide et crasseux de la banlieusarde Beni Ensar . Vingt-sept heures d’une douce et lente navigation, puis tout est allé si vite ; quel choc ! La situation est impromptue, franchement intimidante aussi. Mais ne tombons pas dans des peurs infondées, celles-là même que nous combattons en France. Nous devons croire en l’homme, même en celui qui nous est inconnu.

À cet instant, je prends pleinement conscience du voyage, de ce qu’il va être : dur, brut, étonnant. Les langues, les environnements, les cultures, les idéologies, les croyances, les religions, les aprioris, les codes, les comportements… tout change ! Il faut s’adapter à fond la caisse, devenir malléable et sans prise, s’en foutre de tout, être hyper ouverts et observateurs, à la fois confiants et sur nos gardes.

Allongés sur nos « boites à œufs » jaunes, nos matelas en mousse de rando, nous nous couchons tout habillé. Cette nuit, le sommeil peine à venir.

Durant la traversée, nous papotons de-ci de-là, Mathieu avec les hommes, moi avec les femmes. Merci la langue française, car nos premiers mots d’arabe, eux, ne sont pas brillants. Probablement vais-je galérer avec ce langage aux sonorités absolument nouvelles. Mathieu, plus travailleur, y arrive davantage.

Après vingt-sept heures de mer, nous débarquons à Beni Ensar, au nord-est du Maroc. Vingt heures trente, entrée du port : la nuit tombe.

Aussitôt, je contacte Abdellatif, un couchsurfeur, la trentaine. Le principe du couchsurfing (littéralement, « surf sur canapé ») : accueillir ou loger chez une personne, gratuitement. C’est bon pour la culture, l’ouverture, les rencontres, les découvertes. En France, bien avant notre départ, nous avons contacté et échangé avec Abdellatif ; il sait que nous arrivons aujourd’hui.

Travaillant comme saisonnier à la douane du port, il vient rapidement à notre rencontre. « Bonjour. Bienvenue. Ça va ? Vous avez fait bon voyage ? Pas d’inquiétude, je vous prends en charge. » Débordé, il nous emmène dehors, à la terrasse d’un snack. « Attendez-moi là. Je reviens dans une heure. »

Il fait désormais nuit noire. C’est notre première fois en dehors de l’Europe. Presque nos premiers pas en dehors de la France. Nous ne connaissons rien du Maroc, de sa monnaie, de ses langues, de ses coutumes. Et, bien plus vite que de l’écrire, nous voilà laissés seuls, à la terrasse d’un boui-boui, par notre tempétueux accueillant, à dix bons kilomètres des hôtels de Nador. C’est presque pas inquiétant…

Là, pourtant, nous nous détendons, dégustant notre tout premier thé à la menthe, grignotant un bon sandwich viande-frites, ouvrant grand nos oreilles aux sons et locutions d’ici. Mathieu bafouille, au patron, deux-trois mots d’arabe : « Donnez-moi deux thés. Où sont les toilettes ? Combien ça coûte ? S’il vous plaît. » Courageux et ridicule ! Notre bourse voyageuse s’allège d’à peine cinquante dirhams (cinq euros) ; nous sommes rassasiés et pas encore ruinés.

Enfin, au bout d’une heure, Abdellatif nous rejoint. Pressé, il nous dit qu’il travaillera jusque tard dans la nuit, qu’il ne peut pas nous emmener chez-lui (trop loin), mais : « Pas d’inquiétude. Je vous prends en charge. » On monte tous trois en voiture et, en un vif demi-tour, nous voilà embarqués dans un tourbillon incontrôlable, dans l’inquiétude des débuts d’un long voyage…

Un quart d’heure plus tard. La voiture se faufile dans l’allée poussiéreuse d’une enfilade d’immeubles décrépis, puis s’arrête devant l’un d’eux. Nous montons quelques étages, dans la colocation qu’occupe un collègue. Le collègue n’est pas là (il travaille ce soir, également) ; ses colocataires non plus. « Il n’y a pas de problème. Vous êtes les bienvenus ! Marhbabikoum ! » nous lance Abdellatif, avant de repartir comme une tempête.

Vingt-trois heures. Nous nous retrouvons seuls, dans un appartement vide et crasseux de la banlieusarde Beni Ensar. Vingt-sept heures d’une douce et lente navigation, puis tout est allé si vite ; quel choc ! La situation est impromptue, franchement intimidante aussi. Mais ne tombons pas dans des peurs infondées, celles-là même que nous combattons en France. Nous devons croire en l’homme, même en celui qui nous est inconnu.

À cet instant, je prends pleinement conscience du voyage, de ce qu’il va être : dur, brut, étonnant. Les langues, les environnements, les cultures, les idéologies, les croyances, les religions, les aprioris, les codes, les comportements… tout change ! Il faut s’adapter à fond la caisse, devenir malléable et sans prise, s’en foutre de tout, être hyper ouverts et observateurs, à la fois confiants et sur nos gardes.

Allongés sur nos « boites à œufs » jaunes, nos matelas en mousse de rando, nous nous couchons tout habillé. Cette nuit, le sommeil peine à venir.


  1. Située à 12 km au nord de Nador, dans la région du Rif, à proximité de l’enclave espagnole de Melilla et à 77 km de l’Algérie. 

  2. Voyez, par exemple, les portails web couchsurfing.com ou bewelcome.org

  3. Une collocation de mecs, quoi !